L’ART ROYAL

L'évolution sociale pages 81 et 82

L'Art Royal, chapitre III, illustration de tête dessinée par l'auteur: une série d'oies cherchant la vérité sur leur sol

III   L'évolution sociale

Les conditions d'existence des hommes primitifs ne différaient guère de celles des grands fauves, leurs féroces ennemis, auxquels ils n'avaient à opposer que de grossiers engins de défense tels que de bois, d'os ou de pierre. Autour d'eux tout était redoutable, car ils savaient à peine se protéger contre les énergies encore indomptées dont ils subissaient les effets. Ils sentaient cependant, bien que très vaguement, sourdre en eux ce besoin d'amélioration et de progrès, particulier à la race humaine. Cette prédisposition, cause de leur prééminence, les porta bientôt à se rapprocher les uns des autres et à s'entraider en cas d'expéditions trop dangereuses pour être entreprises isolément. Leurs premières connaissances furent nécessairement les plus longues à acquérir. Qui dira jamais les efforts et les souffrances de nos obscurs ancêtres pour réaliser les progrès les plus simples ! Faire du feu(1), labourer le sol pour y semer le grain, assembler quelques mots, se risquer dans un tronc d'arbre sur un cours d'eau, perfectionner les engins de pêches, les armes, les vêtements et les habitations, telles furent les découvertes importantes qui illuminèrent peu à peu ces âges obscurs. Ces premiers pas accomplis, la marche du progrès s'accéléra constamment.

[…]

Malheureusement ce mot de liberté a été bien diversement interprété et cette incertitude d'interprétation a engendré la plupart des révolutions qui ont ensanglanté les sociétés anciennes et modernes. Tant que la loi est respectée, que le chef est obéi, que la pondération des pouvoirs demeure parfaitement équilibrée, il n'y a nulle raison pour que la révolte lève le front. Mais dès que par une cause ou par une autre, l'autorité de la loi est méconnue, la légitimité de pouvoir contestée, dès que les chefs, indécis ou corrompus, ne savent plus retenir une puissance prête à leur échapper, alors le trouble pénètre dans tous les esprits, la perturbation descend et monte dans tous les rangs, l'anarchie commence, les minorités s'unissent et la révolte fait sa trouée. Alors chaque chose se transforme, la révolution s'effectue selon les besoins des temps et des peuples, et de nouvelles libertés ou de nouvelles tyrannies signalent bientôt l'avènement des minorités.

On peut diviser les révolutions en deux grandes catégories ; les révolutions politiques et les révolutions sociales, et toute révolution, quel que soit son caractère, s'opère de deux manières différentes, distinctes : violemment ou pacifiquement.

Les révolutions violentes ont été fréquentes et passent sans pouvoir établir autre chose de durable que les progrès pour lesquels une race était mûre, tandis que les révolutions pacifiques ont été rares ; soumises aux plus rudes épreuves, elles ne peuvent se défendre qu'au prix d'incessants travaux, parfois infructueux, mais toujours repris avec la plus vaillante énergie. Elles ont répandu et élevé partout le niveau intellectuel, même parmi les masses populaires, devenues plus conscientes de leurs droits. L'esclavage a été aboli, et il n'en reste plus de trace que parmi quelques rares tribus, achevant lentement de s'éteindre, pour s'être attardées dans leur barbarie primitive […]




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